|
La scélérate est d’abord une sculpture. Mais le terme de sculpture revêt un sens bien personnel pour Hervé Garcia. Ses sculptures sont-elles des sortes de non-manifestes ultimes? Déjà, dans sa pièce The complexity of the unspecified emblem, montrée lors de l’exposition collective s-m-p (kunstraum Kreutzberg/Bethanien, Berlin, 28 juin-10 août 2003), tous les supports sculpturaux se répondaient dans un réseau subtil de références. Plus préhensible, cette scélérate (qui porte en elle la terreur des crimes qu’elle pourrait soutenir) constitue le point central d’un enchevêtrement de sens, que son nom même invoque : elle est le signe d’un siècle. Par cette sculpture comportant deux figures, il y a donc une trahison possible de ce qui est sensé nous donner l’assurance du monde (la sculpture, art officiel et cérémoniel, ne célèbre alors qu’un geste enragé vers la scélératesse). Dans le travail d’Hervé Garcia, la sculpture éclate, envahit d’autres supports ; ou alors résume un trait humain, corporel, et en même temps pointe une humanité difforme. Evocation (invocation ?) la sculpture appelle pourtant une autre dimension, pour que toutes les transgressions de ses sens possibles se déploient. Pour se rapprocher du geste, et aussi pour changer d’échelle, pour aider à voir la violence scélérate, Hervé Garcia produit des dessins, qui sont autant d’indications, de notes. Celle qui subvertit, qui englobe, la scélérate, nous est montrée autrement. Son « œuvre » se donne à saisir dans ces dessins au feutres et ces aquarelles. Les canaux du regard contribuent à construire une impression physique. L’œil, qui regarde, parcourt les dessins, les voit comme des territoires : ce sont les lieux de la menace. L’impression physique est inséparable de l’expérience du fractionnement. Chaque dessin montre la résolution temporaire (comme un snapshot) de cet engloutissement de l’espace, écho d’une force submergeant, et structurant l’organisation de la feuille, comme une vague. Des trois rythmes de la vague (Rogue, Freak, Abnormal), une grammaire émerge, se construit, faite d’espaces insulaires, soumis à des effractions, des secousses, des perturbations. Hervé Garcia exerce, dans ces dessins, autre chose que la logique de la main. Le (seul) plaisir d’exploiter l’espace, afin de l’ordonner, laisse place à la description graphique, quasi géométrique, d’un surgissement. Le champ de la feuille réagit, se restructure, est partiellement englouti par ce principe de désorganisation, the wave :mouvement de surface, le dessin est aussi la trace d’une avancée de cette force (comme divers types de métaphores martiales le suggèrent, l’ennemi arrive toujours par vagues). Les espaces des dessins, asséchés, noircis, décalés, réagissent chacun d’une façon spécifique à la forme particulière que prend l’intrusion. (Et l’ensemble construit un espace des possibles, qui est un signe vers cet instant qui précède l’anéantissement, et qui est le plus peuplé). Des isolats s’harmonisent, des formes inconciliables s’épaulent. Même si, dans certains de ces dessins, il y a parfois (presque) régularité, l’instant suspendu du dessin témoigne in nuce de la marque, déjà présente, de la perturbation. Le remous est partout présent, comme témoin d’un événement inouï, jamais vu. Selon l’instant, ce qui est perçu n’est pas aussi simple que si c’était l’image arrêtée d’une explosion. Les images se répondent, se complètent, se conjuguent parfois par deux, sans qu’il y ait pour autant diptyques, ou séries. Mis bord à bord avec un autre, chaque dessin se distingue par son propre effet de structure. Et, si les principes d’organisation sont clairement particuliers, chaque dessin complète pourtant la compréhension de l’activité globale, cette modélisation, précise, colorée, lumineuse, de la menace. David Vivarès |
Texts: · The Complexity Of The Unspecified Emblem -David Vivares· The Syncretic World Of Members 1,2,3,4 -Eric Mangion · Manual Speculation "Do You Do How?" -Mathieu Provensal · La Scélérate -David Vivares · Menschenfresser -Henrikke Nielsen |