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Deutsch translation: Christian Kolb

Rarement un travail artistique - aussi diversifié soit-il - fonctionne avec autant de résonances et de jeux de pistes que celui d'Hervé Garcia. Chez ce dernier, la photographie fait souvent office de dessin pour projets à venir, le dessin de peinture, la peinture de propositions de sculptures, les sculptures (ou installations) de signes et signaux d'orientation, et enfin le son d'imagerie d'ordre fictionnelle. Hervé Garcia produit réellement et concrètement ce qu'Umberto Eco a défini comme une "œuvre ouverte", c'est-à-dire une œuvre propre à produire une mobilité et une indétermination telle, qu'elle aboutit à une infinité de variations et de perceptions possibles. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Hervé Garcia est aussi membre d'un groupe de musique "bruitiste" et "sonore", The Melted Men, qui avance à visages masqués tels leurs illustres aînés The Résidents, et qui produit une musique joyeusement bordélique, faite avant tout de compositions et de juxtapositions de sons et de gestes, dans un esprit proche de la performance, du bal populaire et en même temps du cabaret dadaïste.

Pourtant, là où le danger est de se perdre dans une rhétorique du "n'importe quoi", et dans une œuvre tellement "ouverte" qu'elle en devient confuse et ennuyeuse, Hervé Garcia tente par la mise en place de procédés souvent ludiques ou poétiques de donner un sens à sa propre complexité. Pour sa première exposition personnelle en 1999 à la galerie SMP à Marseille, il réalise une étonnante maquette au sol, Hero with abstract problems, qui, à l'image d'un manège en modèle réduit, magnifie de manière presque enfantine une visite de musée idéale, où le visiteur devenu lilliputien se retrouve confronté - dans tous les sens du terme - à une suite de micro expériences esthétiques aussi opposées que déroutantes pour des yeux rationnels. Une première tentative d'organiser le chaos.

                                                 

En 2OO2 au Frac Provence-Alpes-Côte d'Azur, Hervé Garcia réalise cette fois-ci une œuvre intitulée The Syncretic world of members one two three four, conçue comme un unique élément composite. Sa configuration et son architectonique "façon Piranèse", laissent à penser à de possibles coulisses d'un lieu de spectacle vivant, une fois de plus dans l'esprit d'un cabaret dadaïste. Au-delà d'un apparent désordre, quatre personnages (Le Ventre, La Boiteuse, La Grappe, L'Homme sans tête) dignes de la Foire du Trône ou d'un film de Tod Browning, semblent hanter le décor par un système de projections vidéo fuyantes installées au ras du sol. Dans un jeu de fausses perspectives, l'exposition toute entière se perçoit alors selon un principe de dédoublement permanent. Les diverses propositions combinent toutes les potentialités du déploiement d'objets dans l'espace. Les éléments les plus "spectaculaires" sont constitués par exemple, d'une suite de peintures débouchant sur une illusion d'éclairage naturel par un velux, d'un radar en forme de détecteur des mouvements des visiteurs, d'un miroir mobile placé au cœur de l'exposition destiné à produire des images floues en permanence, ou encore d'une Speleology Station, évoquant à travers la métaphore de la grotte, la nature de l'illusion du regard. Il en va de même pour un vieux lecteur 33 tours (un pick-up) à peine visible, qui diffuse en permanence la bande-son de l'exposition que l'artiste a en fait conçu en amont de son projet, non pas comme une bande-son, mais bel et bien comme une bande-annonce incluant tous les éléments préparatoires de son futur dispositif plastique. Le tout est bien sûr très bricolé, à mi-chemin entre les installations de Filliou et celles de Fahlström, tous deux maîtres des bouts de ficelles et de l'analogique.

Prototype de l'espace hétérotopique par excellence (le cabaret comme métaphore du désordre du monde), The Syncretic world … porte en lui les principes fondamentaux des systèmes scientifiques dits complexes. Ces derniers étant l'une des principales influences théoriques et formelles pour l'artiste. "Je tiens pour impossible de connaître le tout sans connaître chacune des parties, ainsi que de connaître les parties sans connaître le tout", affirmait déjà Pascal. À travers la notion de complexité sont posées un grand nombre des questions contemporaines. Comment penser les phénomènes naturels, sociaux, humains dans lesquels interagissent une multitude de facteurs eux-mêmes interdépendants ? Comment recomposer une vision de la réalité qui relie les savoirs dispersés sans pour autant les fondre dans une hypothétique synthèse globale ?  Comment intégrer le désordre, l'incertain, l'inattendu, le hasard dans la connaissance du réel ? Comment accepter la part d'irréductible et de subjectivité dans l'étude des phénomènes sans renoncer à la rigueur et la cohérence ? Et enfin, comment surmonter les clivages entre des modèles a priori rivaux (sujet/objet, individu/société, nature/culture) ? Véritable penseur de la pensée complexe, Edgar Morin évoque dans ses recherches les notions de boucle récursive, et surtout de dialogique que l'on retrouve très explicitement dans le travail d'Hervé Garcia.     

 

On pourra donc voir dans The Syncretic world… une sorte de "théâtre et son double" défini jadis par Antonin Artaud, où s'affrontent les forces vives des formes et de la nature, et dans lequel le public, cerné de toutes parts selon une scénographie qui l'implique dans l'installation, se voit hypnotisé par un ensemble de phénomènes illusoires. On pourra surtout y voir la tentative d'un artiste-musicien-poète qui tente de produire une fiction sur le paradigme de l'opéra, et donc du brouillage de la distinction entre le verbal et le visuel, entre les concepts et les objets. Un espace où l'on circule et rejaillit d'une expérience à l'autre dans le chant polyphonique du récit. Les éléments épars proposés finissent en effet par former une grammaire, un vocabulaire, voire une algèbre, simples membres de phrases, "signes-images", constitutifs d'une écriture des formes qui laissent au fond le choix d'une fiction potentielle, ou du moins, d'une fiction sans cesse en mutation. 

Éric Mangion
Directeur du Frac  Provence-Alpes-Côte d'Azur

 

Selten schwingt bei einem künstlerischen Werk - so vielschichtig es auch sein mag - derart vieles mit, selten spielt ein Künstler derart mit der Deutung wie Hervé Garcia. Ihm dient die Photographie oft als Zeichnung künftiger Projekte, die Zeichnung als Gemälde, das Gemälde als Entwurf für Skulpturen, die Skulpturen (oder Installationen) als Zeichen und richtungsweisendes Signal, und schließlich der Klang des Gesamtbildes als fiktionale Ordnung. Hervé Garcia realisiert und konkretisiert, was Umberto Eco als „offenes Kunstwerk“ bezeichnet hat, also ein Kunstwerk, das Beweglichkeit erzeugt und eine Unbestimmtheit, die in eine Variationsunendlichkeit möglicher  Wahrnehmungen mündet. Es ist dabei kein Zufall, dass Hervé Garcia zugleich Mitglied der Band The Melted Men ist, die eine Musik macht, die mit Klangeffekten und Geräuschen arbeitet. Sie treten wie ihre illustren Vorfahren The Residents mit maskierten Gesichtern auf, und die Musik ist ein freudiges Durcheinander, das sich vor allem aus Komposition und Juxtaposition von Klängen und Bewegung zusammensetzt und im Geist der Performance, dem Volksfest und gleichzeitig dem dadaistischen Cabaret nahe ist.

Wo dennoch die Gefahr besteht, dass sich ein derart „offenes“ Kunstwerk in einer Rhetorik der Beliebigkeit verliert und droht, konfus und problematisch zu werden, versucht Hervé Garcia, über oft spielerische oder poetische Verfahren der eigenen Komplexität einen Sinn zu geben. Zu seiner ersten Einzelausstellung stellte er 1999 in der Galerie SMP in Marseille einen eindrucksvollen Komplex in den Raum, Hero with abstract problems, der - dem Bild eines Karussells in einer verkleinerten Nachbildung ähnlich - auf fast kindhafte Weise den perfekten Museumsbesuch idealisiert. Hierbei wird der Besucher zum Liliputaner und mit einer Reihe ästhetischer Mikroerfahrungen im wahrsten Sinne des Wortes konfrontiert, die für das rationale Auge so widersprüchlich wie verwirrend sind. Ein erster Versuch, das Chaos zu organisieren.

 

2002 zeigte Hervé Garcia im Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur eine Arbeit mit dem Titel The Syncretic world of members one two three four, die als Zusammensetzung eines einzigen Elements konzipiert ist. Ihre Form und ihre Architektur „à la Piranesi“ lassen sich mit möglichen Kulissen für ein lebendiges Spektakel, wieder ganz im Geist eines dadaistischen Cabarets, assoziieren. Über eine offensichtliche Unordnung hinaus scheinen vier Figuren (Der Bauch, Die Hinkende, Die Traube, Der Mann ohne Kopf), die einem Jahrmarkt oder einem Film von Tod Browning entsprungen sein könnten, mit einem System von flüchtenden, ebenerdig angebrachten Videoprojektionen das Bühnenbild zu bedrängen. Die ganze Ausstellung funktioniert also im Spiel mit perspektivischen Täuschungen nach einem Prinzip der permanenten Teilung. Die verschiedenen Angebote verbinden alle erdenklichen Entfaltungsmöglichkeiten der Objekte im Raum. Die „spektakulärsten“ Elemente bilden beispielsweise eine Folge von Bildern, die durch eine Luke eine Illusion von natürlichem Licht erzeugen, ein Radar in Form eines Bewegungsdetektors für den Besucherverkehr oder ein mobiler Spiegel, der im Zentrum der Ausstellung platziert ist und immerzu unscharfe Bilder produziert, weiterhin eine Speleology Station, die durch die Höhlenmetapher die Täuschung des Blicks selbst evoziert. Genauso verhält es sich mit einem alten, kaum sichtbaren Pick-up-Plattenspieler, der dauernd die Tonspur der Ausstellung abspielt, die der Künstler in der Tat über sein Projekt legt, aber nicht als Tonspur, sondern durchaus als Programmvorschau, die alle Vorbereitungen für seine künstlerischen Pläne in der Zukunft enthält. Das Ganze ist natürlich sehr zusammengebastelt und angesiedelt auf halbem Weg zwischen den Installationen von Filliou und denen von Fahlström, beide Meister der Resteverwertung und des Analogen.

Als herausragender Prototyp des heterotopischen Raums (das Cabaret steht für die Unordnung der Welt) birgt The Syncretic world … fundamentale Prinzipien komplexer wissenschaftlicher Systeme. Letztere gehören zu den hauptsächlichen theoretischen und formalen Einflüssen des Künstlers. „Ich halte es für unmöglich, das Ganze zu kennen ohne die einzelnen Teile zu kennen, genauso wie ich es für unmöglich halte, die Teile ohne das Ganze zu kennen“, versicherte schon Pascal. Um den Begriff der Komplexität gruppiert sich eine große Zahl aktueller Fragestellungen: Wie lassen sich natürliche, soziale, menschliche Phänomene betrachten, bei denen eine Vielzahl von Faktoren in einer Wechselbeziehung steht, die wiederum untereinander sich bedingen? Wie kann man ein Bild der Wirklichkeit zusammensetzen, das die einzelnen Wissensgebiete verbindet, ohne diese dabei in einer hypothetischen globalen Synthese zu verschmelzen? Wie lässt sich die Unordnung, das Ungewisse, das Unerwartete, der Zufall in die Kenntnis von der Wirklichkeit integrieren? Wie kann man das Unlösbare und die Subjektivität bei der Erforschung von Phänomenen akzeptieren ohne auf gedankliche Schärfe und Kohärenz zu verzichten? Und wie sind schließlich Kluften zwischen prinzipiell rivalisierenden Ansätzen (Subjekt / Objekt, Individuum / Gesellschaft, Natur / Kultur) zu überwinden? Edgar Morin, ein wahrhafter Denker der Komplexität, kommt in seiner Forschung auf die Begriffe der rekursiven Schleife und vor allem des Dialogischen zu sprechen, die man sehr deutlich in der Arbeit von Hervé Garcia wiederfindet.

 

Man kann also eine Art „Theater und sein Double“, wie es vormals Antonin Artaud definiert hat, in The Syncretic world …sehen, wo die lebhaften Energien der Formen und der Natur sich gegenüberstehen, wo das Publikum von allen Seiten von einer Szenographie, die es in die Installation einbezieht, umzingelt ist und von einem Zusammenspiel illusorischer Phänomene hypnotisiert wird. Man kann darin vor allem den Versuch eines Künstlers, Musikers und Dichters sehen, der eine Fiktion über das Opern-Paradigma konstruieren und damit Störungen in der Unterscheidung zwischen dem Verbalen und dem Visuellen, zwischen den Konzepten und den Objekten erzeugen will. Einen Raum, in dem man rotiert, in dem man von Erfahrung zu Erfahrung aufbricht im polyphonischen Gesang der Erzählung. Die verstreut dargestellten Elemente ergeben schließlich tatsächlich eine Grammatik, ein Vokabular, sogar eine Algebra, sie sind einfache Satzglieder, „Bild-Zeichen“, die eine Schreibweise der Formen konstituieren, die im Grunde die Wahl einer potenziellen Fiktion zulassen, oder zumindest einer Fiktion, die unaufhörlich im Wandel begriffen ist.

Éric Mangion
Leiter des Frac (Fonds régional d’art contemporain) Provence-Alpes-Côte d’Azur

Texts:

· The Complexity Of The Unspecified Emblem -David Vivares
· The Syncretic World Of Members 1,2,3,4 -Eric Mangion
· Manual Speculation "Do You Do How?" -Mathieu Provensal
· La Scélérate -David Vivares
· Menschenfresser -Henrikke Nielsen